L'enseignement à Rémersdael

 
 

L'ancienne école communale de Rémersdael

rue du Village n° 69a

(Rémersdael-Village 12)

L'instruction publique a été, au cours de toute l'existence de la commune de Rémersdael de 1854 à 1976, l'objet de la sollicitude des autorités communales.

Par acte notarié du 27 mai 1834, les administrateurs du Bois Rouge avaient fait donation à l'église de Rémersdael de trois capitaux se montant ensemble à 4.055 frs 69 cmes pour en appliquer le revenu au traitement du desservant avec la réserve que, si le gouvernement venait à payer ce traitement le dit revenu irait à un instituteur résidant à Rémersdael, à charge pour lui d'enseigner gratuitement les enfants pauvres. L'église ayant été érigée en 1842 par l'État en succursale, les capitaux en question passèrent en 1865 à la commune, qui intervenait dans le paiement de l'instituteur.

Une école avait été créée à Rémersdael en 1842 et confiée, le 5 mai 1843 à l'instituteur Jean‑François Lintermans ( ? - 1881). Le 4 août 1863 eut lieu l'adjudication de la construction d'un nouveau bâtiment d'école, avec salle pour les réunions du Conseil communal et appropriation du logement de l'instituteur, suivant les plans de l'architecte D. D. Halin L'entrepreneur Martin Brée fut déclaré adjudicataire pour la somme de 7.662 frs 31 cmes. La pose de la première pierre par le bourgmestre Talbot eut lieu le 19 août et les travaux étaient terminés l'année suivante.

Jean‑François Lintermans prit sa retraite le 26 janvier 1877, après 34 ans de fonctions. Il fut remplacé, le 13 mars suivant, par son fils Henri (? - 1924) diplômé de l'école normale de Carlsbourg, qui démissionna le 1er  octobre 1880 pour ouvrir une école privée.

L'école communale étant demeurée sans titulaire, le gouvernement désigna d'office, le 1er  novembre 1881, en qualité d'instituteur intérimaire, Conrad Gorrissen, qui fut nommé définitivement le 1er  juillet 1882. Sa classe ne comptant que 5 élèves, alors que celle de Lintermans en réunissait 45, le Conseil proposa, le 25 octobre 1884, de supprimer l'école communale et d'adopter l'école privée. Cette mesure fut autorisée par arrêté royal du 26 octobre et l'instituteur Gorrissen fut mis en disponibilité le 1er  novembre. Celui-ci ayant été dans la suite nommé par le gouvernement à un autre emploi, le Conseil décida, le 16 décembre 1891, le rétablissement de l'école communale, avec comme instituteur Henri Lintermans, dirigeant l'école adoptée.

Le 24 novembre 1909, après une carrière de 32 années, ce dernier abandonna ses fonctions, qui furent confiées le 17 décembre suivant, à Julien Leenaerts, diplômé de l'école normale de St‑Roch. En ce qui concerne l'enseignement du français à l'école, M. Julien Leenaerts y organisera à deux reprises des leçons de "français pratique" à la demande des parents de 5ème et 6ème, sur le thème du marché d'Aubel. Par deux fois, il sera dénoncé au Ministère ad hoc par un personnage douteux du village. Par deux fois se présente à l'école un inspecteur avec pour mission:

  1. mise en garde
  2. menace de retenue sur traitement.

Cela se passait avant l'année 1926-1927 (faits communiqués par M. Joseph Leenaerts par lettre du 11 septembre 2006).

Le 28 novembre 1932, le Conseil communal décréta, à titre d'essai, le dédoublement de l'école et le Collège échevinal nomma, le 22 décembre, instituteur provisoire, M. Léopold Cravatte, sorti de l'école normale de l’État à Verviers. L'essai ayant été concluant, le Conseil résolut, le 8 juin 1933, de demander le maintien officiel à titre définitif de la seconde classe ouverte depuis le 5 janvier. Le 21 février 1934, il insista auprès du gouvernement pour obtenir son assentiment, la commune devant, en attendant, assumer seule le paiement de l'instituteur. Enfin, le 6 février 1935, il fut informé que l'État admettait de subsidier cette classe et, le 15 mars, il nommait son titulaire à titre définitif.

L'instituteur en chef, Julien Leenaerts [Né le 27 janvier 1889 à Fouron-Saint-Martin et décédé le 29 septembre 1983], en congé pour maladie depuis le mois de janvier 1946, prit sa retraite à la date du 1er août et son collègue M. Léopold Cravatte, nommé provisoirement le 26 janvier, fut promu définitivement chef d'école le 29 août. L'institutrice Huberte Pelsser, diplômée de l’école normale adoptée des Filles de la Croix à Liège, qui le remplaçait par intérim depuis le 9 février fut désignée à titre provisoire pour cet emploi le 2 novembre, à la condition de produire après la prochaine session des examens, le diplôme lui permettant d'enseigner le flamand. Ce diplôme lui ayant été décerné par l'école normale reconnue de Wavre‑Notre‑Dame, sa nomination fut confirmée le 14 juillet 1947. Elle démissionna le 7 août 1948 et sa place fut conférée, le 7 septembre 1948 à Mlle  Idalie Moors, sortie de l'école normale reconnue de Waremme.

Dès 1903, un cours de langue française avait été créé à l'école primaire de Rémersdael. Le 19 juin 1926, le Conseil communal adopta un programme scolaire, comportant l'ensei­gnement du français comme seconde langue à partir du degré moyen. La loi du 14 juillet 1932 imposa l’usage exclusif du flamand. Comme 53 enfants de la localité se rendaient aux écoles d'Aubel pour y recevoir l'instruction en français, le Conseil décida, en sa séance du 1er  avril 1933, de solliciter l'établissement d'un régime d'exception prévoyant l'enseigne­ment du français comme seconde langue dès le degré inférieur.

Une dépêche ministérielle du 24 juillet 1933 assigna le français comme langue véhiculaire à l'école de Rémersdael. Considérant le caractère bilingue de la population et l'usage dans les familles du flamand comme langue maternelle, le Conseil insista. le 26 août, pour obtenir le régime linguistique exposé dans sa délibération du 1er avril. En exécution d’une nouvelle dépêche ministérielle en date du 30 mars 1934, il admit, le 28 avril, la création d'une classe française.

L'organisation actuelle, note Grondal en 1953, basée sur la publication des résultats du recensement de 1930, comporte l'enseignement du flamand comme langue véhiculaire et celui du français comme langue secondaire au degré supérieur.

Le 18 janvier 1939, les plans d'aménagement des préaux de l'école, dont le devis s'élevait à 70.000 frs reçurent l'approbation du Conseil communal et, le 13 février 1947, la restauration de l'habitation de l'instituteur fut décidée. Le montant des frais, évalués à 98.300 frs, était couvert par l'État à concurrence de 60 %.          

Une délibération du Conseil en date du 8 mai 1950, nommant une préposée au nettoyage de l'école, eut son exécution suspendue par arrêté du gouverneur du 8 juillet, suspension maintenue le 17 par la Députation permanente. Un arrêté royal du 27 septembre annula cette délibération pour la raison que, le cadre permanent du personnel ne prévoyant pas d'emploi de cette espèce, le Conseil, en accordant à l'intéressée une nomination définitive avait « engagé inconsidérément les finances communales et blessé l'intérêt général ».

Cette photo de Léopold Cravatte faisant un exercice de lecture silencieuse avec ses élèves a une petite histoire puisque c'est le journal "Le Soir" qui l'a publiée le 6 février 2013 pour illustrer un article concernant la rémunération des enseignants.

Dans "VOEREN SINDS DE FUSIE: een 'happart' verhaal", Rik Palmans raconte qu'il y avait à Rémersdael un système de transmutation qui permettait à un élève d'entrer en première primaire en ne connaissant que le dialecte et de quitter la sixième année primaire avec une bonne connaissance du français. Sur proposition de Léopold Cravatte, l'instituteur qui avait introduit le système, le conseil communal de Rémersdael l'approuva le 14 novembre 1954. Quelques mois plus tard, la députation permanente de Liège annula cette décision parce qu'elle était illégale, mais Cravatte poursuivit tranquillement.  En 1963, après le transfert, l'enseignement à Rémersdael devint même entièrement francophone.

En 1965, le 18 septembre exactement, un commando flamand avait fait irruption dans la petite école de Rémersdael, où enseignait Léopold Cravatte, un des principaux défenseurs de l’enseignement du français. Les envahisseurs, avant d’être chassés à coups de fourche par les parents accourus, avaient saccagé l’école. Dix ou quinze ans plus tard, dans les rangs de ceux qui continuaient à militer pour le retour à Liège, on trouva plusieurs anciens de l'école ayant vécu ce dramatique incident.
Le bruit avait couru qu’un des agresseurs était mort de ses blessures. C’était inexact. C’est miracle, cependant, que l’affrontement permanent n'ait jamais fait mort d’homme. (Cet incident est rapporté en ces termes par Pierre Stéphany dans son livre « Les années 60 », éditions Racine).

Léopold Cravatte a terminé sa carrière le 30 juin 1974. Ses anciens élèves ont organisé une fête en son honneur le 30 août 1974 à la salle Rimbiévaux.

M. Cravatte et Mme Cravatte, entourés de nombreux amis à la Salle Rimbiévaux.

 

Ce serait magnifique de retrouver toutes photos des classes qui ont défilé dans cette école. En voici déjà quelques unes. J'espère que les autres pourront suivre. Grâce à la fabuleuse collection de Théo Broers (Mouland), je peux déjà vous présenter des photos de 1919, 1924, 1926, 1927 et 1930. Je possédais celles de 1956 et 1958. Joseph Drooghaag m'a fourni celle de 1950. Claudine Jacquemin et Marie-Thérèse Danhausen m'ont aussi fourni des photos pour cet articles et pour les autres articles concernant l'enseignement à Rémersdael.

Classe de 1919:

Joseph Leenaerts et Germaine Mager ont reconnu sur cette photo:

En haut: Maria Halleux, Germaine Mager, Louise Halleux, servante voisine de l'école, Alphonse Renkens, François Franssen, Pierre Franssen et Joseph Franssen,

Au deuxième rang: Maria Lemmens, Marie Halleux, Olga Mager, Ida Lemmens, ? Plumaekers ou Lousberg, Hubert Kerris, Joseph Renkens, Jules Franssen, Pierre Halleux, ?, Guillaume Roks et Monsieur Leenaerts.

Au premier rang: ? Conradt, Ida Krott, Maria Mager, Adolphe Lousberg, ?, Lisa Bolsée et Gaby Leenaerts entourent le tableau, Gérard Halleux, Henri Lemmens, Guillaume Lemmens, ? Kerris ou Rodolphe fils du boulanger ? (avec la photo de la Reine) et Irène Leenaerts.

A remarquer: 5 calots militaires, 7 drapelets et 4 frères Franssen (François, Pierre, Joseph et Jules)

A titre indicatif, le texte écrit sur le tableau est le suivant:

Gemeente Remersdael

Onderwijzers en leerlingen

zweren ont... trouw

aan het wereldberoemd

Belgische Vorstenhuis.

Leve Ridderkoning

Albert I

Leve Koningin Elisabeth

Leven onze Prinzen

Eer aan onze dapperen

1919

________________________________________________

Classe de 1924

Joseph Leenaerts et Yvonne Smits-Pelsser ont reconnu:

En haut: G. Lemmens, Joseph Xhonneux, Henri Lemmens, ?, ?, Joseph Renkens, Pierre Heusschen, ? Kerris, Lousberg

Au troisième rang: Monsieur Leenaerts, Josef Surgy, Joseph Leenaerts, ? Kerris, ? Senden, Albert Heuveneers, ?, ?, Albert Laixhay et Jefke Krott

Au deuxième rang: ? Ernst, Josephine Straetmans, Elise Laixhay, Ida Krott, Irène Leenaerts, Maria Custers, Maria Mager (?), Erna Heusschen, Gaby Leenaerts, ? Ernst, ? Lemmens

Assis au premier rang: Charles Straetmans, Maria Laixhay, ? Ernst, Georges Leenaerts, Geneviève Leenaerts, Ilonka Homoya et Joseph Straetmans.

Joseph Leenaerts signale la présence de deux élèves hongrois: Joseph Surgy et Ilonka Homoya. Il faut se rappeler que, après le Traité du Trianon, la Hongrie a vécu une période de malgérance épouvantable... d'où la famine. La Belgique a accueilli des centaines d'enfants sous-alimentés arrivant par voie ferrée. Rémersdael hébergea un garçon dans la famille Bolsée et une fillette... à la cure pour la nuit et chez l'instituteur pour le jour.

____________________________________________________________________

La classe de M. Leenaerts de 1926.

A l'arrière: Elise Laixhay, Ida Krott, Irène Leenaerts, Gaby Leenaerts, ?, Josephine Straetmans

Au troisième rang: ? Ernst, ? Ernst, Joséphine Halleux (1916-2001), Teney, Joseph Leenaerts (1917- ), Albert Halleux

Au deuxième rang: Jefke Krott, Albert Laixhay, ? Plumaekers (ou Fernand Lousberg ?), Joseph Straetmans, Charles Straetmans, ? Ernst

Assis: Maria Laixhay, Geneviève Leenaerts, ?, ?, ? Lemmens.

____________________________________________________________________

La classe de Monsieur Leenaerts de 1927.

A l'arrière: Joseph Hanssen, Georges Leenaerts (1921- ), ? (fils de douanier), Charles Straetmans, Albert Laixhay, Jefke Krott (1916-1960), Albert Halleux, Joseph Straetmans

Debout en troisième rangée: Joséphine Halleux, ? Teney, Joseph Leenaerts (1917- ), Joséphine Straetmans et ?

Assises dans la deuxième rangée: Erna Heusschen, Gaby Leenaerts, Geneviève Leenaerts, Josephine Hagelstein, Maria Laixhay, ? Lemmens, ?, Elise Laixhay

Albert Rompen (1921-2000) est le premier au premier rang, ?, et Maria Laixhay (1920-1980) et Louis Hanssen.

____________________________________________________________

 

La classe de 1930 de M. Leenaerts.

Devant lui, sa fille Maggy (1926- ), Jean Charbon, Mathieu Bonten, Jefke Krott (1916-1960), Maria Bonten, ?, Albert Rompen (1921-2000), ?, Edmond Roemans ((1923-1996).

A côté de M. Leenaerts, Mathilde Franssen (1923-2004), Antoinette Roemans, Philomène Pelsser (1923- ), ? (de Hagelstein), Mariette Heusschen, ?, Roger Pelsser et Georges Lenaerts (1921- )

Au dernier rang: Maria Laixhay (1920-1960), J. Lemmens, Geneviève Leenaerts, Albert Halleux, Albert Laixhay, ? (fils d'un douanier).

Une classe de M. Cravatte vers 1950:

De g. à dr.:

premier rang (assis): ?, ?, Joseph Drooghaag, Guy Levaux, Jean Jungbluth, ?

deuxième rang: ?, Ghislain Ernst, ?, ?, ?, Guy Pelsser, Léonard Ernst, ?

troisième rang: ?, ?, ?, Antoine Heuts, ?

quatrième rang: M. Cravatte, Jacques Herwats, ?, ?, Jean Maréchal, Henri Flas.

1956

Toute l'école en 1956

1958

La classe de Madame Smits-Moors en 1958

L'école gardienne de Rémersdael avec Mme Thérèse Danhausen.

Les dernières années de l'école de Rémersdael avec Claudine Jacquemin.

Mis à jour le 12.10.2015